Je ne suis pas le seul !
D’abord, je voudrais m’excuser d’avoir laissé ce site à l’abandon pendant quelques jours. Les élections en Afghanistan m’ont pris beaucoup de temps puisque je suis correspondant ici pour Le Soir. Mais la période est passée, et les articles se feront plus rares, l’occasion parfaite pour moi de me replonger dans mon blog.
Je ne suis pas le seul. Grâce à Amélie, j’ai découvert cet article de La Libre qui publie une dépêche de l’AFP. Des étudiants en journalisme américains sont en Irak pour le mois d’août. Ils sont embedded avec l’armée américaine et profitent de cette occasion pour faire leurs armes en journalisme (c’est le cas de le dire).
Le projet est différent du mien. D’abord, je suis ici par moi-même et par mes propres moyens, sous les conditions d’un journaliste freelance (je suis d’ailleurs considéré comme freelance par l’administration afghane). C’est à dire que je ne bénéficie d’aucune assurance ni d’aucune aide. Je me souviens d’une conférence organisée par Alexandre Janvier à laquelle avait participé Cédric Gerbehaye. Ce dernier disait : « Je suis chez Partenamut, et je suis très content ». Moi je ne suis pas chez Partena, mais la situation est identique. Nous ne bénéficions d’aucune aide, et le système européen Eurocross, ne couvre pas les pays en situation de conflit. Pour le dire clairement, si je me blesse ou que je meurs, rien n’est prévu pour le rapatriement.
Ces étudiants, eux, bénéficient d’une bourse de leur Université et ont souscrit une assurance auprès de Reporters Sans Frontière. Les gilets pare-balles ont été gracieusement fournis par l’armée américaine. La situation est donc complètement différente.
Néanmoins, le projet reste très courageux. J’ai bien mieux appris le journalisme ici qu’avec tous mes cours à l’Université (mais cela fera le sujet de mon billet d’au revoir à l’Afghanistan). Le processus devrait être généralisé dans les écoles de journalisme du monde entier. Le vrai terrain est un bonus non-négligeable pour des étudiants qui ne connaissent souvent pas bien les réalités du métier.
Mais cela demande de l’argent. Beaucoup d’argent à investir dans un métier en pleine crise, où seuls émergent les journalistes qui se bougent et sont capables de manier tous les médias et la technique. Pourtant, cet argent vaudrait la peine d’être investi auprès des étudiants qui voudraient partir. Peut-être que le public serait bien plus intéressé par des médias de meilleure qualité. Ne fut-ce qu’en Belgique, il n’existe aucun média dit « intellectuel » à l’image du Monde ou de Libération.
De plus, les écoles de journalisme font face à un nombre d’étudiants toujours croissant, et il est impossible de permettre à chacun de partir à l’étranger. Prenons comme exemple mon mémoire : si 10 étudiants avaient décidé de partir réaliser leur travail de fin d’étude à l’étranger, il n’y aurait pas eu assez de caméras pour tout le monde.
Mais il est possible de faire mieux. Plus proche de chez nous, une école de Londres propose aux étudiants intéressés de suivre un cours sur le journalisme de guerre, avec exercices pratiques. Une collaboration pourrait être mise en place avec l’armée belge, toujours encline à offrir une meilleure image d’elle-même et à former les gens. Ce n’est qu’un ersatz de la réalité, mais c’est toujours mieux que rien.
Ce processus est pourtant en cours, mais alors que la manière de faire du journalisme évolue, les écoles ne suivent pas le rythme. Je ne peux donc que saluer cette initiative de l’Université d’Alaska, même si je n’aime pas trop le phénomène d’embedding, aussi intéressant et utile soit-il. Et du même élan, j’ai envie de crier à toutes les écoles belges de journalisme de pousser encore plus loin leur créativité dans les exercices de journalisme. Nous n’en serons que meilleurs, et les médias belges ne s’en porteront que mieux.
Le blog de ces étudiants américains en journalisme : shorttimers.blogspot.com
L’article de La Libre : http://www.lalibre.be/actu/international/article/523928/quand-des-etudiants-en-journalisme-font-leurs-classes-au-front-en-irak.html
Commentaires
6 réponses à “Je ne suis pas le seul !”
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Entièrement d’accord avec toi (pour une fois^^)
Mais n’oublions pas que nos chère Université ont un but : gagner de l’argent. Ces dernières années je trouve que cela devient criant! Du coup nos cours ne servent strictement à rien, ok je suis un peu énervé car en deuxième session, mais avouez que ce que nous étudions en bachelier est absolument inutile!
C’est comme si on essayait de nous “occuper” avec des disciplines qui ne servent qu’à jouer l’intellectuel en société…C’est rageant de voir des fraîchement diplômés qui ne sont toujours pas opérationnels en entreprise,ou dans ton cas Joan, sur le terrain.
Bref j’ai l’impression que ces institutions n’ont plus pour ambitions de nous former et de nous aider à devenir des cracs du métiers. Non, simplement tenter d’améliorer leur “ranking”…dommage!
Hello Christophe,
Je ne sais pas si je suis tout à fait d’accord. Je ne pense pas que nos Universités ne cherchent qu’à gagner de l’argent. Il faut savoir que chaque étudiant coûte plus ou moins 3000 euros par an à la Communauté Française. Je n’ai pas les chiffres exacts, mais je peux les trouver, et t’orienter vers Pascal Lemaire, qui maîtrise ce domaine. C’est pour cette raison aussi que l’on ne peut rater son année qu’un certain nombre de fois, l’étudiant coûterait alors trop cher au contribuable belge… pour rien.
Il est vrai que nos Universités se soucient beaucoup des rankings et que certains de nos cours sont redondants. Je pense par exemple au cours de droit que l’on a sous 3 formes différentes pour le même contenu, mais, comme je le dis dans mon article, à 600 étudiants en première année et 150 environ les 2ème et 3ème, il n’est pas possible de mettre tout le monde sur le terrain. Des améliorations sont faites en ce sens (le projet multidisciplinaire à l’ULB), mais ce n’est que le début. Une caméra utilisée à l’ULB coûte 5000 euros environ. Multiplie par 150, c’est un chiffre bien trop énorme.
De plus, je trouve que les cours de bacheliers à l’ULB permettent d’ouvrir notre regard et d’améliorer la culture générale. Le journalisme est une de ces matières où nous devons être en mesure de tout apprendre et tout vulgariser pour le public. A ce sens, la formation de bachelier est utile. C’est vers une amélioration en masters plus pratiques et moins théoriques que je pensais.
Enfin, l’ULB est une Université. Pour des petites classes, plus axées vers la pratique, il existe des écoles plus petites (style IHECS ou ISFSC à Bruxelles). Choisir l’Université est un choix, et beaucoup d’opportunités s’offrent à l’étudiant qui veut pratiquer un peu plus, comme Radio Campus.
L’école devrait être choisie en fonction du cursus qui est proposé. Par exemple, les études de journalisme à l’Ucl proposent des cours de journalisme d’investigation que nous n’avons pas. D’un autre côté, nous proposons des cours qu’eux n’ont pas.
Quant à l’argent, malheureusement, il faut bien avouer que oui l’argent fait aussi la qualité de l’enseignement, sinon comment expliquer la supériorité des écoles anglaises, américaines, ou de la formation au journalisme proposée par El Pais en Espagne. Toutes ces formations coûtent extrêmement cher, mais proposent un accompagnement optimal.
Bien sûr, je comprends ton point de vue, et je sais qu’il est partagé. Mais si je déplore un manque de qualité des formations en Belgique, je le comprends aussi.
Mais accroche-toi, réussis ta deuxième session (je t’y oblige), termine tes bacheliers, et tu verras, tu comprendras que ça en vaut la peine… Surtout ta formation en commu qui me semble très intéressante et se développe énormément grâce au dynamisme de certains enseignants.
A très bientôt Chris
Joan
Bonjour Joan -
Je suis Tom Hewitt, l’un des étudiants universitaires au sujet duquel vous avez écrit. Je vous remercie d’avoir évoqué notre projet. Mon français est pauvre, mais je vais essayer de gérer une brève réponse.
Nous approchons de la fin de notre séjour en Irak. Notre séjour ici a été une expérience d’apprentissage extraordinaire, et nous sommes tous reconnaissants pour l’occasion. Nous avons appris davantage en ce mois-ci que dans une année de cours.
Christophe, nous savons que notre voyage sera utilisé comme un outil de marketing par notre université, mais nous l’acceptons – ce sont eux qui paiera le voyage, ils méritent donc probablement quelque chose pour l’argent qu’ils dépensent.
Rester bien et rester en sécurité.
-Tom Hewitt
Hi Tom,
Thank you for your comment. It’s nice too meet another student in journalism from another country. I totally understand the way you feel about your trip since it is the same for me. Those two month in Afghanistan were better than a year in University.
My trip is also almost finished, I’m going back home next week.
Sad we are in two different countries, we could have meet. But if you all continue in the international journalism, we will sure meet one day !
Take care of yourself, Irak seems dangerous for the moment. Here there is not so much bombing, Kabul is pretty safe actually.
See you soon, I hope
Joan
Bonjour à tous ,
je suis Assaleck étudiant en journalisme dans une U. d’ Afrique…
je partage entièrement avec vous ces pratiques, elles sont indispensables dans tout un apprentissage surtout celui du métier de journaliste.
je suis ravi de tirer profit de vos expériences mais je vous apprend aussi que les universités en Afrique c’est pas du tout pareille,.. en matière de pratique – terrain et de logistique c’est pas la peine… En conclusion c’est seul le courage et l’engagement qui pourrais nous sauver…bonne chance à tous
Courage…
Ag Tita
Bonjour Assaleck,
Merci pour votre commentaire. Je sais que l’éducation et la formation de journalisme en Afrique n’est pas encore au point. Notre Université a d’ailleurs quelques projets au Congo, un des professeurs de notre département, Marie-Soleil Frère, étant fort impliquée dans le sujet des médias en Afrique.
Cela dit, vous avez raison en général. Où que l’on soit, seul le courage et l’engagement dans notre métier permet de le sauver pour l’instant.
Courage et bonne continuation en tout cas.
Joan

Entièrement d’accord avec toi (pour une fois^^)
Mais n’oublions pas que nos chère Université ont un but : gagner de l’argent. Ces dernières années je trouve que cela devient criant! Du coup nos cours ne servent strictement à rien, ok je suis un peu énervé car en deuxième session, mais avouez que ce que nous étudions en bachelier est absolument inutile!
C’est comme si on essayait de nous “occuper” avec des disciplines qui ne servent qu’à jouer l’intellectuel en société…C’est rageant de voir des fraîchement diplômés qui ne sont toujours pas opérationnels en entreprise,ou dans ton cas Joan, sur le terrain.
Bref j’ai l’impression que ces institutions n’ont plus pour ambitions de nous former et de nous aider à devenir des cracs du métiers. Non, simplement tenter d’améliorer leur “ranking”…dommage!
Hello Christophe,
Je ne sais pas si je suis tout à fait d’accord. Je ne pense pas que nos Universités ne cherchent qu’à gagner de l’argent. Il faut savoir que chaque étudiant coûte plus ou moins 3000 euros par an à la Communauté Française. Je n’ai pas les chiffres exacts, mais je peux les trouver, et t’orienter vers Pascal Lemaire, qui maîtrise ce domaine. C’est pour cette raison aussi que l’on ne peut rater son année qu’un certain nombre de fois, l’étudiant coûterait alors trop cher au contribuable belge… pour rien.
Il est vrai que nos Universités se soucient beaucoup des rankings et que certains de nos cours sont redondants. Je pense par exemple au cours de droit que l’on a sous 3 formes différentes pour le même contenu, mais, comme je le dis dans mon article, à 600 étudiants en première année et 150 environ les 2ème et 3ème, il n’est pas possible de mettre tout le monde sur le terrain. Des améliorations sont faites en ce sens (le projet multidisciplinaire à l’ULB), mais ce n’est que le début. Une caméra utilisée à l’ULB coûte 5000 euros environ. Multiplie par 150, c’est un chiffre bien trop énorme.
De plus, je trouve que les cours de bacheliers à l’ULB permettent d’ouvrir notre regard et d’améliorer la culture générale. Le journalisme est une de ces matières où nous devons être en mesure de tout apprendre et tout vulgariser pour le public. A ce sens, la formation de bachelier est utile. C’est vers une amélioration en masters plus pratiques et moins théoriques que je pensais.
Enfin, l’ULB est une Université. Pour des petites classes, plus axées vers la pratique, il existe des écoles plus petites (style IHECS ou ISFSC à Bruxelles). Choisir l’Université est un choix, et beaucoup d’opportunités s’offrent à l’étudiant qui veut pratiquer un peu plus, comme Radio Campus.
L’école devrait être choisie en fonction du cursus qui est proposé. Par exemple, les études de journalisme à l’Ucl proposent des cours de journalisme d’investigation que nous n’avons pas. D’un autre côté, nous proposons des cours qu’eux n’ont pas.
Quant à l’argent, malheureusement, il faut bien avouer que oui l’argent fait aussi la qualité de l’enseignement, sinon comment expliquer la supériorité des écoles anglaises, américaines, ou de la formation au journalisme proposée par El Pais en Espagne. Toutes ces formations coûtent extrêmement cher, mais proposent un accompagnement optimal.
Bien sûr, je comprends ton point de vue, et je sais qu’il est partagé. Mais si je déplore un manque de qualité des formations en Belgique, je le comprends aussi.
Mais accroche-toi, réussis ta deuxième session (je t’y oblige), termine tes bacheliers, et tu verras, tu comprendras que ça en vaut la peine… Surtout ta formation en commu qui me semble très intéressante et se développe énormément grâce au dynamisme de certains enseignants.
A très bientôt Chris
Joan
Bonjour Joan -
Je suis Tom Hewitt, l’un des étudiants universitaires au sujet duquel vous avez écrit. Je vous remercie d’avoir évoqué notre projet. Mon français est pauvre, mais je vais essayer de gérer une brève réponse.
Nous approchons de la fin de notre séjour en Irak. Notre séjour ici a été une expérience d’apprentissage extraordinaire, et nous sommes tous reconnaissants pour l’occasion. Nous avons appris davantage en ce mois-ci que dans une année de cours.
Christophe, nous savons que notre voyage sera utilisé comme un outil de marketing par notre université, mais nous l’acceptons – ce sont eux qui paiera le voyage, ils méritent donc probablement quelque chose pour l’argent qu’ils dépensent.
Rester bien et rester en sécurité.
-Tom Hewitt
Hi Tom,
Thank you for your comment. It’s nice too meet another student in journalism from another country. I totally understand the way you feel about your trip since it is the same for me. Those two month in Afghanistan were better than a year in University.
My trip is also almost finished, I’m going back home next week.
Sad we are in two different countries, we could have meet. But if you all continue in the international journalism, we will sure meet one day !
Take care of yourself, Irak seems dangerous for the moment. Here there is not so much bombing, Kabul is pretty safe actually.
See you soon, I hope
Joan
Bonjour à tous ,
je suis Assaleck étudiant en journalisme dans une U. d’ Afrique…
je partage entièrement avec vous ces pratiques, elles sont indispensables dans tout un apprentissage surtout celui du métier de journaliste.
je suis ravi de tirer profit de vos expériences mais je vous apprend aussi que les universités en Afrique c’est pas du tout pareille,.. en matière de pratique – terrain et de logistique c’est pas la peine… En conclusion c’est seul le courage et l’engagement qui pourrais nous sauver…bonne chance à tous
Courage…
Ag Tita
Bonjour Assaleck,
Merci pour votre commentaire. Je sais que l’éducation et la formation de journalisme en Afrique n’est pas encore au point. Notre Université a d’ailleurs quelques projets au Congo, un des professeurs de notre département, Marie-Soleil Frère, étant fort impliquée dans le sujet des médias en Afrique.
Cela dit, vous avez raison en général. Où que l’on soit, seul le courage et l’engagement dans notre métier permet de le sauver pour l’instant.
Courage et bonne continuation en tout cas.
Joan