Une soirée dans une fête de fiançailles
Hier, je n’avais rien de prévu pour le soir. Pendant la journée, alors que je voyageais dans la ville pour prendre des contacts, mon interprète reçoit un coup de fil. Il a été invité aux fiançailles d’un de ses meilleurs amis, dans un des nombreux Wedding Hall de Kaboul. Il me propose de l’accompagner, et après un moment d’hésitation, je me dis « Pourquoi pas? C’est quelque chose à découvrir ». Pourtant, je n’étais pas plus sûr que ça de passer une bonne soirée, entouré d’hommes afghans que je ne connais pas du tout.
On s’arrange. Il passera me prendre vers 19h. Je lui demande aussi comment je dois m’habiller. J’ai acheté un costume ici, mais il est hors de question que je le mette en entier. D’abord parce qu’il est quand même un peu brillant, comme la plupart des costumes ici, et parce que je n’ai pas de chaussures pour aller avec. Finalement, on décide que je mettrai un jeans, avec une chemise et un veston.
A 19h00, je reçois un message de Kanishka me disant qu’il sera en retard. De fait, il arrivera seulement vers 19h50. Je suis habitué à attendre avec lui.
Dans sa voiture, un de ses amis, Zak. Ce n’est pas son vrai prénom, c’est un diminutif, mais son prénom prend plus de 10 secondes pour être prononcé en entier. Il travaille comme interprète avec les américains.
A l’arrivée, je suis quand même excité de rentrer dans un de ces wedding hall. Ici, les afghans se marient dans de grandes salles prévues spécialement à cet effet. Les lumières sont partout, kitsch, de toutes les couleurs. Guirlandes, bulbes de couleurs, et le nom du wedding hall en grandes capitales luminescentes. On reste dans cette ambiance afghane où il faut de la lumière et de la couleur partout.
Quelle n’est pas ma surprise en entrant dans la salle. Tous les hommes sont assis, le regard dur et sévère. Aucun ne bouge, ne danse, ni ne parle. Ils ont tellement l’air de s’ennuyer. Que des hommes bien sûr. Les femmes sont souvent séparées des hommes pour les mariages. Ici, un grand paravent sépare les deux parties de la salle.
Les amis de Kanishka sont complètement fous. Ils ont entre 20 et 23 ans, mais tous rigolent comme de vrais enfants. Ils blagues, s’insultent, et rien comme des fous. Moi qui aurait bien aimé me faire discret, je suis à la seule table bruyante.
Très vite, le groupe de musique augmente le volume. L’un d’entre nous va demander une chanson au chanteur, et nous nous retrouvons sur la piste, malgré mes réticences. « Le marié n’a pas de petit frère, m’explique Kanishka, alors c’est à nous de mettre l’animation sur la piste ». Et nous voilà propulsé sur le dance floor afghan, à danser à l’afghane. Pas facile pour moi qui n’ai déjà pas trop le rythme dans la peau. Le principe est pourtant simple : bouger des pieds en rythme, en sautillant presque, avec les bras levés, en faisant des mouvements orientaux. La danse me fait penser aux danses traditionnelles grecques.
Toute la salle nous regarde, sans broncher, voire avec un regard sévère. Je demande pourquoi nous sommes les seuls à danser. « Ils sont pachtou, me dit Kanishka, peut-être qu’ils n’ont pas confiance ». Pachtou? Je n’avais encore jamais vraiment rencontré de pachtou, cette fière ethnie du pays. Et c’est vrai que, vu de l’extérieur, ils n’ont pas l’air commode. « Le marié est pachtou, c’est pour ça », me dit encore mon interprète.
Lorsque le futur marié arrive, c’est autour de lui que nous commençons à danser. Soit assis sur une chaise, soit debout, mais nous tournons, comme une sarabande, en dansant ou en tapant des mains. Ça ne dure pas longtemps, son père le récupère et l’accompagne du côté des femmes. Nous ne les reverrons plus de la soirée. Il a 19 ans, et sa jeune épouse en a 17. C’est l’âge auquel se marient beaucoup d’afghans.
C’est un mariage arrangé. Le marié est habillé d’un costume blanc, d’un tissu qui a l’air de satin. Il brille de mille feux à chaque mouvement, et je suis plus ou moins sûr qu’il a été maquillé.
Il venait d’une petite pièce où les anciens ont délibéré avec le père pour donner leur accord ou non au mariage. Si jamais l’accord n’était pas donné. La fête s’arrêtait immédiatement. Ouf, on va encore pouvoir rester un peu ici.
Enfin arrive le moment salvateur. Le repas. C’est un vrai festin breughellien, les cochons rôtis en moins. Des plats aussi divers que variés sont disposés sur la table. Tout y est, de l’entrée au dessert. Il n’y a plus qu’à se servir. C’est incroyable. Ils se servent de tout, décortiquent le poulet avec les mains, mettent les crasses par terre ou sur la table, se resservent même s’ils n’ont plus faim, se passent les mets, et accessoirement remplissent mon assiette pour être poli avec moi. En 15 minutes, le repas est consommé, et toute la salle s’est transformée en dépotoir. Mais qu’est-ce que ça change des mariages où l’on ne peut bouger, où les plats sont souvent trop raffinés pour être délicieux. Ici, les plats sont basiques : du riz de deux sortes, des kebabs, de la kefta, du poulet, des légumes, des boulettes fourrées aux oeufs, du kabuli, etc.
Mes nouveaux amis mangent comme s’ils n’avaient plus mangé depuis plusieurs jours. Je suis épaté par leur capacité à manger sans s’arrêter.
Un autre fait m’étonne complètement. Le service. Les serveurs n’ont rien à envier aux nôtres. Sur des plateaux de presque un mètre de diamètre, ils courent, vite, à travers la salle pour servir les invités. Quand aux boissons, ce sont des canettes de coca ou fanta servies dans des caddies qui avancent lentement dans la pièce.
Enfin vient le moment de prendre un peu l’air, pour digérer. Le mouvement est général, et tous les convives quittent la pièce. La très joyeuse bande y continue sur sa lancée. Leur jeu préféré est de s’insulter de gay, et de comparer leurs muscles. Ils font tous de la boxe ou de la lutte, des sports très appréciés dans le pays. Ils me citent aussi toutes les provinces de l’Afghanistan où les stéréotypes veulent que les hommes aiment les petits enfants. J’en avais déjà entendu parlé. Ils me citent notamment le Logar, Kandahar, ou Mazar-i-Sherif. Mais ils baissent la voix. Il ne faut pas oublier que nous sommes entourés de Kandaris.
Plusieurs fois par minute, ils éclatent de rire, s’embrassent ou se tiennent la main, tout en se traitant de gays, avant de m’expliquer, même si je le savais, que c’est juste pour rire. « C’est comme ça en Afghanistan, me dit Zak, nous tenons la main et embrassons nos amis, pour montrer que nous les apprécions ». Je m’y fais tout doucement, avec le temps.
Encore une petite danse en buvant le thé, et nous rentrons, relativement tôt. Quel curieux spectacle que d’être enfermé dans une voiture avec 5 jeunes afghans, la musique à fond, en train de taper des mains et chanter. Nous nous faisons même arrêter par la police, mais les jeunes se moquent gentiment du policier avant qu’il ne nous laisse partir. Nous terminons le voyage avec Enrique Iglesias, que la fine équipe apprécie beaucoup.
Je ne dis pas que je me suis éclaté à ce mariage, mais c’était effectivement une expérience à vivre, dans ce grand bâtiment brillant coloré de partout, entouré de pachtous à l’air pas commode (sauf un qui semblait avoir pitié de moi). Finalement, lorsque l’on se retrouve ici, en se laissant emporter par le mouvement, on arrive à en profiter et apprécier ses moments. Les amis de Kanishka ont un humour très enfantin, c’est vrai, mais j’ai bien ri avec eux, de leurs blagues, de leur gentillesse, et parfois de leur bêtise. C’est aussi ça l’Afghanistan, et ça manque parfois par chez nous, une manière de vivre assez vraie, où l’on arrive encore à profiter des choses simples et du fait d’être ensemble. Ces jeunes ont grandi ensemble, et je suis persuadé que dans 20 ans ils seront encore pareils. Et en fait, j’aime bien ça…
Commentaires
3 réponses à “Une soirée dans une fête de fiançailles”
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Et bien, tu as l’air de bien t’amuser lol!!!! Moi qui te croyais dans une tente dans les montagnes. Non, blague à part, je suis contente que tout se passe bien pour toi. Quoi de neuf aussi non?
A bientôt et bon courage pour la suite.
biz
naura
Je pense que j’aurais payé pour te voir danser ![]()
L’expérience a dû être enrichissante, et je suis tout à fait d’accord pour apprécier les moments simples. Je t’embrasserai à ton retour si tu veux, pour une bonne réacclimatation :-p
J’espère que tout se passe toujours aussi bien pour toi, j’ai une pensée pour toi à chaque fois que j’entends les nouvelles d’Afghanistan! Bonne continuation, à bientôt!
Salut Jojo! Ici nous suivons tous tes articles avec grand intérêt . Est-ce que ce mariage t’a inspiré pour le tien? Je m’instruis sur ce pays magnifique grâce à toi. Bonne chance pour la suite…prends soin de toi et à bientôt. Tio Adrian

Et bien, tu as l’air de bien t’amuser lol!!!! Moi qui te croyais dans une tente dans les montagnes. Non, blague à part, je suis contente que tout se passe bien pour toi. Quoi de neuf aussi non?
A bientôt et bon courage pour la suite.
biz
naura
Je pense que j’aurais payé pour te voir danser
L’expérience a dû être enrichissante, et je suis tout à fait d’accord pour apprécier les moments simples. Je t’embrasserai à ton retour si tu veux, pour une bonne réacclimatation :-p
J’espère que tout se passe toujours aussi bien pour toi, j’ai une pensée pour toi à chaque fois que j’entends les nouvelles d’Afghanistan! Bonne continuation, à bientôt!
Salut Jojo! Ici nous suivons tous tes articles avec grand intérêt . Est-ce que ce mariage t’a inspiré pour le tien? Je m’instruis sur ce pays magnifique grâce à toi. Bonne chance pour la suite…prends soin de toi et à bientôt. Tio Adrian